Son sommeil réalisait, dans une certaine mesure, la possibilité de l'amour ; seul, je pouvais penser à elle, mais elle me manquait, je ne la possédais pas ; présente, je lui parlais, mais étais trop absent de moi-même pour pouvoir penser. Quand elle dormait, je n'avais plus à parler, je savais que je n'étais plus regardé par elle, je n'avais plus besoin de vivre à la surface de moi-même.


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J’aimais éperdument la comtesse de *** ; j’avais vingt ans, et j’étais ingénu ; elle me trompa, je me fâchai, elle me quitta. J’étais ingénu, je la regrettai ; j’avais vingt ans, elle me pardonna ; et comme j’avais vingt ans, que j’étais ingénu, toujours trompé, mais plus quitté, je me croyais l’amant le mieux aimé, partant le plus heureux des hommes.Souvent j’ai eu le temps. C’était quand ma mère vivait. J’étais désagréable avec elle, ingrat, méchant, je me disais : j’aime ma mère. Elle le sait ou elle finira bien par le savoir. J’ai le temps. Elle et moi, l’un quant à l’autre, nous avons le temps. Le temps de quoi ? Moi, de lui prouver que je l’aime et que je mérite son amour. Elle, de reconnaître mon amour d’elle et de me le dire.J'étais confiant. J'étais plein d'énergie. Je crois que j'étais assez heureux à cette époque de ma vie parce que même si je n'étais pas avec elle, Je savais qu'elle existait. C'était déjà inespéré.La liberté de penser, et de mal penser et de penser peu, la liberté de choisir moi-même ma vie, de me choisir moi-même. Je ne peux pas dire « d’être moi-même » puisque je n’étais rien qu’une pâte modelable, mais celle de refuser les moules.Je pesais des tonnes dans ma tête mais la bascule n'affichait jamais plus de 45 ou 46 kilos quand je montais dessus pour voir si je m'étais un peu remplumé depuis ma sortie des camps de la mort. La vie je voulais la mordre à pleine dents, mais je manquais singulièrement d'appétit et mes poches, fussent-elle percées, n'avaient pas grand chose à laisser s'échapper. Je ne pouvais même pas dire que j'étais fauché puisque cela aurait sous-entendu que j'avais quelque argent auparavant.Elle me dévisagea. Elle avait toujours eu le chic pour prendre un air absent, une capacité à s'en aller en laissant son corps derrière elle, même quand elle faisait l'amour.