La Nuit est la mère du monde. Tout ce qui est sort d'elle, et ses flancs contiennent les germes de tout ce qui sera. Au-dessous de l'univers visible et manifesté, où les êtres réels accomplissent, dans la joie ou la douleur, le drame éclatant de leurs destinées, s'agite confusément un autre univers, que n'éclaire et ne réchauffe aucun soleil, abîme sombre, morne, intérieur, infini, où pullulent des larves innombrables, substances aveugles et inquiètes qui aspirent ardemment à la forme et à la manifestation, mais qui ne peuvent, c'est leur loi, franchir les portes du noir royaume, voir la lumière désirée et vivre, qu'après avoir grandi longtemps dans le sein obscur du chaos. Cette région funèbre et souterraine, ce royaume de l'attente et des soupirs, ce sont les Limbes de la nature, et ce stage dans les Limbes, noviciat imposé à tout ce qui veut naître, c'est la période fœtale de chaque être. Ainsi le premier berceau de toute existence est la nuit. Vois la plante : elle enfouit soigneusement tous les secrets de sa jeunesse dans les ténèbres du sol. Considère l'animal : il se prépare longtemps dans l'obscurité du sein maternel à supporter la lumière. Comprends cette loi de la nature et suis-là.


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La Nuit est la mère du monde. Tout ce qui est sort d'elle, et ses flancs contiennent les germes de tout ce qui sera.La nature, avant tout, veut la reproduction des êtres ; partout, depuis Le sommet des montagnes jusqu'au fond de l'Océan, la vie a peur de mourir. Dieu, pour conserver son ouvrage, a donc établi cette loi, que la plus grande jouissance de tous les êtres vivants fut l'acte de la génération. Le palmier, envoyant à sa femelle sa poussière féconde, frémit d'amour dans les vents embrasés ; le cerf en rut éventre sa biche qui lui résiste ; la colombe palpite sous les ailes du mâle comme une sensitive amoureuse ; et l'homme, tenant dans ses bras sa compagne, au sein de la toute-puissante nature, sent bondir dans son cœur l'étincelle divine qui l'a créé.Le feu, l’air, l’esprit, la lumière, tout vit par l’action ; de là la communication et l’alliance de tous les êtres ; de là l’unité et l’harmonie dans l’univers Cependant cette loi de la nature, si féconde, nous trouvons que c’est un vice dans l’homme ; et, parce qu’il est obligé d’y obéir, ne pouvant subsister dans le repos, nous concluons qu’il est hors de sa place .L'âme trouve dans le silence harmonieux de la nuit et dans les innombrables étoiles qui brillent au sein de l'immensité, la manifestation la plus éloquente de l'existence de Dieu.C'est une charmante loi de nature qui se manifeste au sein des sociétés les plus complexes, qu'on vive dans l'ignorance parfaite de ce qu'on aime.Il y a dans les afflictions diverses sortes d’hypocrisie. Dans l’une, sous prétexte de pleurer la perte d’une personne qui nous est chère, nous nous pleurons nous-mêmes ; nous regrettons la bonne opinion qu’il avait de nous ; nous pleurons la diminution de notre bien, de notre plaisir, de notre considération. Ainsi les morts ont l’honneur des larmes qui ne coulent que pour les vivants. Je dis que c’est une espèce d’hypocrisie, à cause que dans ces sortes d’afflictions on se trompe soi-même. Il y a une autre hypocrisie qui n’est pas si innocente, parce qu’elle impose à tout le monde : c’est l’affliction de certaines personnes qui aspirent à la gloire d’une belle et immortelle douleur. Après que le temps qui consume tout a fait cesser celle qu’elles avaient en effet, elles ne laissent pas d’opiniâtrer leurs pleurs, leurs plaintes, et leurs soupirs ; elles prennent un personnage lugubre, et travaillent à persuader par toutes leurs actions que leur déplaisir ne finira qu’avec leur vie. Cette triste et fatigante vanité se trouve d’ordinaire dans les femmes ambitieuses. Comme leur sexe leur ferme tous les chemins qui mènent à la gloire, elles s’efforcent de se rendre célèbres par la montre d’une inconsolable affliction. Il y a encore une autre espèce de larmes qui n’ont que de petites sources qui coulent et se tarissent facilement : on pleure pour avoir la réputation d’être tendre, on pleure pour être plaint, on pleure pour être pleuré ; enfin on pleure pour éviter la honte de ne pleurer pas.